Néofonctionalisme
Qu’est-ce que Rashōmon
- Rashōmon est un film de 1950 d’Akira Kurosawa :
- Un meurtre a été commis.
- Plusieurs témoignages de meurtriers potentiels.
- Aucun ne concorde, pas de solution.
- L’UE ressemble un peu à Rashōmon :
- Elle existe ; appelée OVNI (J. Delors).
- Ne rentre dans aucune catégorie classique.
- De nombreuses interprétations de ce qu’elle est..
- Pas de consensus absolu, mais des recoupements.
- Elle existe ; appelée OVNI (J. Delors).
L’UE est un objet complexe

À quoi servent les théories?
Elles permettent d’interpréter la réalité au delà de l’abstrait et la description pour y répondre (agir). Comment changer le système? Que’est-ce qui ne va pas? À partir des théories on peut étudier, en produisant des hypothèse testables et les mettant à l’épreuve.
Origines du fonctionnalisme
Une généalogie intellectuelle
Le projet de paix perpétuelle de Kant consiste à comprendre sous quelles conditions on peut avoir la paix en Europe. Ses idées sont récupérées par Wilson→comment pacifier un continent qui aime faire la guerre?.
Mitrany propose la solution du fonctionnalisme; Kant est un philosophe (idées) mais là on reste pragmatiques. Mitrany veut des solutions. Il énonce des concepts critiqués comme insuffisants par Hass & Linberg→néofonctionnalisme : comment l’interdépendance est construite et affecte le futur.
Mitrany : A Working Peace System (1943)
Totalement opposé à Kalergi et son idée de fédération comme véhicule de pacification. Il manquait les mécanismes politico-économiques pour arriver à cette fédération. Mitrany est clair, pas d’idéalisme maintenant mais des petits pas vers la paix. À travers des petits projects dans certains sujets techniques on obtient des bénéfices qu’on ne va pas vouloir perdre. Cela crée un désir de bénéfices dans d’autres secteurs, avec l’objectif de maximiser l’objectif de la coopération. Petit à petit on arrive à ce système pacificateur.
La logique fonctionnaliste
Comment créer un bien commun entre états-nations sans resquilleurs? Pour cela il faut des organisations qui réduisent les coûts de transaction et permettent de se coordonner entre pays à travers des compromis. Des pactes comme celui de Briand-Kellogg sont beaux et idéalistes mais comment les mettre en oeuvre?
Ces institutions seraient technocratiques et adaptées à leur fonction, en étant efficaces et en conséquence créatrices d’une loyauté. Après cela vient la dépendance, et le risque de régression est réduit.
Trois limites du fonctionnalisme

- Très idéaliste et normatif, reste abstrait. D’autres approches qui conservent plus la souveraineté pourraient être meilleures et moins débilitantes (dépendance peut l’être). Pas une reception parfaite. Dans son époque l’interdépendance avait été utilisée de manière perverse (e.g. 3ème R. avec Roumanie).
- Très apolitique→déléguer la politique publique à des technocrates? Tout est politique (peut être politisé même si on ne le penserait pas), e.g. redistribution dans les banques centrales indépendantes, et ne pas impliquer l’électorat dans des décisions normatives est dangereux.
- Qui sont ces experts? Des experts économiques maximisateurs du produit économique (peut être nuisible)? Des experts politiques créateurs de coalitions pour des politiques perennes?
Le néofonctionnalisme
Ernst Haas et The Uniting of Europe (1958)
Les sciences sociales deviennent très pragmatiques et veulent formuler des hypothèses testables, cela s’applique aussi à l’intégration européenne. À partir des intérêts on analyse qu’est ce qui fait qu’ils s’alignent avec cette première.
La conclusion c’est qu’il n’y a pas un projet idéaliste d’unification mais des solutions à des problèmes desquels ces acteurs intéressés sont responsables. E.g. commencer par le charbon et l’acier (CECA) c’était pas une coincidence, mais une nécessité en partie. Après on avance (spillover).
Mais
Pourquoi Haas s’intéresse-t-il aux élites économiques (syndicats, patrons) plutôt qu’aux États pour expliquer l’intégration européenne ?
La logique intégratrice de l’UE était dés le début très économique et c’est pour cela que les élites économiques étaient considérés très importantes. Les préférences des votants sont, même avec le retour de la démocratie, pas super importants après qu’ils aient voté pour des fascistes. Les élites veulent l’intégration mais ils ont peur des votants (pas de confiance). Tout est politisé et ça ralentit l’intégration.
Pensez à la création de l’Euro en 1999: quels groupes ont soutenu ou résisté à l’intégration monétaire ?
???
Les deux concepts clés
Le transfert de loyauté
Il va y a voir une poussée pour des délégations de pouvoir identitaire→légitimité pro-européenne et pro-nationale. C’est fonctionnel, on fini pas uniquement avec des institutions européennes mais aussi une identité. C’est automatique, mais pas sans risque de pushback si l’intégration est trop rapide.
Tout système politique a besoin de ce transfert/création de loyauté.
Le spillover (engrenage) : trois types
Ces engrenages maintiennent l’équilibre de l’intégration.
Fonctionnel
Si on intègre dans un secteur il va y avoir des pressions pour intégrer dans d’autres.
Politique
Il faudra, p.ex., des politiques de visas commune pour un marché commun. C’est nécessaire d’avoir ce type de spillover pour maintenir l’intégration après l’engrenage fonctionnaliste.
Mais et si le politique se résiste (e.g. euroscepticisme) quand il y a une pression fonctionnaliste? Si un des engrenages ne marche pas l’intégration est incomplète (boiteuse).
Entretenu
Les institutions supranationales font elles-mêmes de la pression pour maintenir l’intégration.
L’engrenage en pratique : de la CECA à l’euro
Spills comme avoir besoin d’une monnaie unique parce que si les taux fluctuent à la fin c’est compliqué de savoir combien produire et avoir à vendre puisque les monnaies avec lesquelles on nous achète peuvent valoir moins ou plus.
Après l’euro et 2008 on se rend compte qu’on a besoin d’une banque unique pour contrôler l’euro et faire face à la posibilité d’autres crises endogènes. Plus tard vient l’Union Fiscale pour redistribuer entre pays et faire face aux chocs.
Critiques et autocritiques
Le test de De Gaulle : l’engrenage n’est pas automatique
Les économies européennes ont repris de manière incroyable après l’intégration européenne. De Gaulle pense que tout va trop vite et de manière supranationale ce qui peut aller en contre de la France. L’intégration européenne ne peut pas procéder si elle va en contre des intérêts nationaux. 6 mois sans la France au conseil. L’intégration sectorielle automatique (politique) est freinée par le compromis de Luxembourg.
Les préférences n’apparaissent pas de manière externe à l’intégration, s’intégrer peut mettre frein à l’intégration. De Gaulle voulait indépendance des USA et l’USSR et l’intégration avec le marché européen et tout ça… ça pouvait rapprocher la France trop des USA. C’est un angle-mort de la théorie.
Au-delà de l’engrenage : les options de Schmitter (1971)

Question
- La crise de la zone euro (2010–2015) : spill-over ou spill-back ? Pensez à la création du MES, du FESF, de l’Union bancaire…
- On met en place des institutions pour solutionner la crise mais hors de l’UE (intergouvernementales)… donc retrench.
- Et le Brexit ? Dans quelle catégorie de Schmitter le classeriez-vous ?
- Spillover→le RU freinait l’intégration budgétaire de l’UE. Pendant le Covid-19 la solidarité a été mieux gérée, avec le RU on aurait été beaucoup moins solidaires.
Le retour du come-back
Quatre renouvellements depuis les années 1990

Soixante ans de renouvellements

Conclusion et actualité
Regain d’intérêt après 2008 : crise de la zone euro et de la COVID-19 = nouveau spill-over forcé vers l’Union bancaire et fiscale.
À retenir
